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SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ

Quand le plumage d’un paon inspire l’espace d’un appartement. Au soleil couchant, la Loire scintille, le bois embrasse le bleu un songe puissant.

Il faisait nuit noire. La Lune s’était enfoncée dans le voile lacté des étoiles brillant dans le ciel et sur la Loire. Les roseaux frémissaient. Une ombre passa. Elle ne l’attendait plus. Mais, depuis la terrasse, son regard s’était perdu sur les quais, au hasard des passants qu’elle continuait de scruter. Les images défilaient dans son esprit mais impossible de se remémorer clairement de sa dernière visite. S’étaient-ils d’ailleurs vraiment vus ? Les souvenirs s’entrechoquaient dans sa mémoire fragile. Il faisait frais. Etait-ce un rêve ? Tout paraissait clair et brumeux à la fois. À l’intérieur, derrière les voilages, rien ne semblait avoir bougé depuis la première fois, cette éventuelle première fois. Il flottait encore dans l’air le délicieux parfum d’un cigare. Il était là. L’effluve suave lui rappela alors ces quelques mots soufflés au creux de l’oreille : “re- viens quand tu te souviendras”. C’est ce qu’elle avait fait…

Une porte claque, la légère brise d’un courant d’air caresse son visage. Il était encore là. Sur la table, sous les journaux, un mot : “Déesse, nymphe accomplie et divine ! À quoi, ma bien-aimée, pourrais-je comparer tes yeux ? Le cristal même est trouble. Ô quel charme sur tes lèvres vermeilles comme deux cerises mûres ! Comme elles appellent les baisers ! Quand tu lèves la main, la neige pure et glacée des sommets de Taurus, caressée par le vent d’orient, paraît noire comme le corbeau. Oh ! permets que je baise cette merveille de blancheur éblouissante, ce sceau de la félicité.”

Rien qui ne relevait de l’étrange, mais il lui semblait ras- sembler, au fil des minutes passées dans cet appartement, les pièces d’un immense puzzle, celui d’une réminiscence. Ça et là, tous les objets qu’elle voyait finissaient par la toucher, offrant, chacun, leur part de mémoire.

Il n’était plus là et elle, ne devait plus être là. Avant que ce décor s’évanouisse à nouveau dans ses pensées, il lui fallait répondre : “À demi endormi, à demi éveillé : en vérité, il m’est encore impossible de dire comment je suis venu en ce lieu. Je présume, car je voudrais vous dire la vérité… et en ce moment, je me rappelle… oui, je me le rappelle.”
Au moment où ses mains se détachèrent du clavier, elle sentit qu’elle s’enfonçait dans l’abîme d’un rêve ou d’une réalité. Le songe d’une nuit d’été.

Photos : ©Benjamin Juhel
Direction artistique : ©Decodheure
Création et réalisation graphique : ©Docteur Paper

Type

Appartement à Nantes

Superficie

88 m2

Catégorie

Particuliers